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Il était une fois...

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Mardi 28 août 2007

Une nouvelle publiée sur ce site :-)

 

Plus que deux heures à attendre, un frisson me chatouillait le bas de la colonne vertébrale. Les mains du masseur posées à plat sur mon dos décontractaient un à un mes muscles crispés. Mes jambes tressautaient sous ses frictions vigoureuses.
Le corps nu sous une fine serviette de coton, je savourai mes dernières minutes de répit. Dans une petite paire d’heures, j’attaquerai mon premier match au sein de l’équipe de France de rugby.
D’une pression des doigts, le masseur m’invita à m’allonger sur le dos. Plutôt beau gosse, le geste ferme, mais doux. Je surpris une seconde son regard sur ma poitrine : libérés des bandes protectrices, mes seins étaient plutôt jolis.

Qui a dit que le rugby féminin n'était pas sexy ?

Mon père était un papa poule amoureux de ses cinq filles mais lorgnant sans en avoir l'air sur les fistons de ses meilleurs amis. C'était avec eux qu'il passait tous ses samedis après-midi, leur claquant le dos à chaque essai transformé. Pas question de foot dans la famille, « ce sport de danseuses milliardaires », mon père jouait au rugby, un fan pur et dur du ballon ovale. Dans son équipe, il était demi-d’ouverture, son coup de pied droit valait de l’or. Il joua même quelques années en professionnel. Je n’eus pas la chance de le voir évoluer sur le terrain, je n’étais pas encore née. Aujourd’hui, l’ancien pro s’était mué en joueur du dimanche. Le samedi, il entraînait la relève tandis que ma mère domptait les jeux échevelés de ses cinq gamines. Le soir, il vérifiait le rangement de nos chambres, barbies et nounours alignés sur nos lits comme une armée avant la bataille. Dans ses yeux, beaucoup d’amour amusé : moi, j’y cherchais plus, je désirai y lire de la fierté.
J’étais le «bébé», la benjamine, bonne dernière, celle qu’on n’attendait pas, arrivée «hors-jeu» alors que ma mère flirtait déjà avec la quarantaine. A l’annonce de la grossesse-surprise, mon père pria à genoux sur le sol froid de l’église paroissiale plusieurs dimanches de suite pour que la petite graine se transforme en un futur demi, comme lui. C’était sa dernière chance. Quatre filles et aucun garçon.
Le jour de ma naissance, il insista pour assister à l’accouchement, en première ligne pour la venue au monde de l’héritier mâle. Car il en était sûr, ses gars l’avaient chanté lors du dernier match, lui dédiant leur victoire : lui, le boss, allait avoir un fils, un rugbyman. Dans l’hôpital, les couloirs sentaient la sueur et la terre, le médecin accoucheur avait revêtu l’habit d’arbitre. Caméscope au poing, mon père feintait avec les infirmière, filmant en plongée et contre-plongée ma mère allongée sur la table, jambes écartées.
Lorsque ma tête ensanglantée apparut, il en glapît presque de joie, «une vraie bouille de garçon», répétait-il comme pour se convaincre de ce qu’il soupçonnait impossible. Puis il fondit en larmes, de lourds sanglots, en constatant l’absence de tout signe de masculinité entre mes deux cuisses potelées. Il n’y aurait pas de troisième mi-temps. Ma mère versa deux larmes lorsque la doctoresse me déposa sur son ventre, sommairement emmaillotée dans une serviette blanche. Larme de joie d’un œil et larme de tristesse de l’autre, pour son mari qui désirait si fort un fils.
En mémoire de ce garçon qu’il n’aurait jamais, mon père me baptisa «Paule», Paul avec un «e». Et lorsqu’il m’appelait, je le soupçonnais d’énoncer mon prénom en escamotant volontairement la dernière lettre. Son «Paul» sonnait bref tandis que j’allongeai exprès la queue du «e» final de mon nom sur mes cahiers d’écolière.
Dès mon plus jeune âge, je mis tout en œuvre pour lui plaire : mini-miss à cinq ans, enfant surdouée à six, capable de lire et compter. Mais il n’y avait que le rugby qui l’intéressait vraiment. Alors à sept ans, je basculai dans le monde de l’ovalie. Par défi, parce que mon père n'attendait finalement que ça depuis ma naissance. J’allai jouer au rugby, j’allai jouer au garçon sur son terrain, 144 mètres de longueur sur 70 de large, un gazon vert vif crissant sous mes crampons.
 «Garçon manqué» : jamais expression ne m’aura autant sied qu’à cette époque et mes débuts en tant que «fils à papa». Il n’y avait pas d’équipe de filles dans ma ville, je m’entraînai donc avec les garçons, les mini-poussins. A mon arrivée, un des gamins quitta l’équipe, refusant de jouer sur le même terrain qu’une «gonzesse» : «une fille dans une équipe de rugby, ça porte malheur !». Pour contrer toute nouvelle attaque misogyne, je travaillai deux fois plus que tous ces machos en herbe pour prouver au monde et à mon père que « Paule » valait mille « Paul ».
Dure au plaquage, offensive dans la mêlée, subtile dans la course, je savais comment gagner des points face au jeu « pogo » de certains débutants. Mon père revivait à travers moi ses jeunes années de rugbyman, m’accompagnant aux matchs, soignant mes bleus et mes écorchures, resserrant mes genouillères tandis que mes sœurs flirtaient dans les tribunes avec les cadets et les minimes de mon club.
Face à ma volonté de poursuivre dans le rugby, mes parents dénichèrent un club de rugby féminin. Car j’avais pris goût à ce sport où le jeu d’équipe primait sur les exploits personnels. A 17 ans, j’avais presque la carrure d’un homme. Mon entrée dans le circuit professionnel m’aida à concilier exercices physiques et développement de ma féminité.
Notre équipe brillait lors du Championnat de France et il y a six mois, l’entraîneur de l’équipe nationale de rugby féminin me sélectionna pour le Tournoi des VI Nations. Aujourd’hui, j’allai enfin vivre mon premier match officiel, la main sur le cœur et les yeux rivés sur le drapeau français tandis que l’hymne national résonnera sur le terrain. Dans les tribunes, mes quatre sœurs et leurs compagnons, mes neuf neveux et nièces et ma mère. Assis en premières loges au Paradis, mon père : Dieu avait plutôt intérêt à avoir prévu un écran géant pour la retransmission du match !

Le masseur me donna une claque amicale sur les fesses. J’en profitai pour l’embrasser en douce, un léger plaquage contre les casiers. Quel bonheur de sortir avec un masseur ! «Allez Paule, pas de câlins avant la finale !». Mon homme aux mains d’or quitta les vestiaires, me laissant rejoindre mes coéquipières.
Dans le couloir qui menait à la pelouse, j’en profitai pour resserrer mon casque. Devant moi, certaines filles sautillaient pour s’échauffer.
Coup de sifflet. Dehors, le terrain et bientôt la victoire.
La capitaine se tourna une dernière fois vers nous : «Allez les filles, à nous de jouer ! Et rappelez-vous : femmes au rugby, mauviettes au tapis !»

Par Lux - Publié dans : Histoires... d'y croire
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Lundi 20 août 2007

... de la première distribution de cadeaux réalisée au village d'Ampaimanga en avril 2007.
L'instigatrice du projet a monté une jolie vidéo : l'occasion de montrer à quoi ont servi les dons de nos amis français. 

Par Lux - Publié dans : Reality
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Dimanche 19 août 2007

L’odeur de moisissure lui griffait la gorge. Allongé sur sa couche de paille, Paul fixait la voûte de pierres humide depuis plusieurs heures déjà sans pouvoir dormir. Autour de lui, les respirations lourdes de ses compagnons de cellule faisaient vibrer l’air. Un rat furetait dans le couloir en émettant de légers couinements. Les deux gardes à l’entrée se racontaient de vieilles batailles pour tromper l’ennui. Leurs rires fusaient par intermittence.
Le jeune homme se leva et alla boire quelques gorgées d’eau à l’amphore. La sueur poudrait ses tempes de fines gouttes salées. Paul s’aspergea le visage. La chaleur cognait encore contre les larges murs des remparts, s’infiltrant dans les interstices des pierres mal soudées. L’air avait un goût différent, la chaleur déliait les odeurs, en atténuait certaines pour en renforcer d’autres, plus fortes, âcres, saumâtres, des odeurs de langueur et de mort aussi. La fraîcheur et la légèreté s’étaient depuis longtemps diluées dans la touffeur ambiante.
Froid… Il devait inventer un plat froid, une gageure par cette chaleur. Son corps même avait oublié les hivers, les tempêtes de neige et les doigts gourds. Les jours brûlants s’étaient étirés en semaines et la température semblait se plaire à jouer avec le soleil jusqu’à s’enflammer.
La tête de Paul bourdonnait tandis qu’il arpentait sa cellule. Le froid, la glace. Dans les puits à glace du Palais, gueules béantes vers l’enfer, les blocs gelés avaient peu à peu fondus, bus par le sol de terre battue. Il faudrait aller en chercher loin, dans les montagnes, se glisser dans le labyrinthe des galeries, hisser les pains de glace jusqu’à l’air libre et revenir au Palais le plus rapidement possible.
« Carausius, il faut que je parle à Carausius». Son chuchotement devint un cri : « Immédiatement ».
Au petit matin, Paul, encadré par quatre gardes du palais, chevauchait vers les glacières de Salona, creusées dans le versant maritime du mont Kozjak.
Salona, la ville de Dioclétien.
Une lumière douce balayait la côte, jetant des perles irisées dans la mer d’huile. Les ombres rétrécissaient peu à peu. Le jeune homme avala goulûment l’air frais, voulant profiter au maximum de ces quelques heures de relative liberté. Arrivé à Salona, il acheta de quoi renouveler le stock de glace du palais, se délestant des 1500 deniers qui alourdissaient son sac de toile.
Froid… Glace… Pour adoucir l’humeur de Dioclétien, il fallait un dessert, une palette de saveurs sucrées que sublimerait la glace. « Je n’ai jamais fait ça », murmura Paul. Mais il n’avait pas le choix, il devait réussir. Carausius n’admettrait aucune faiblesse.
De retour au Palais, penché au-dessus de la glacière, Paul huma le froid venu d’en bas. A ses pieds, des corbeilles de fruits, des rayons de miel, du lait qu’il broyait et mélangeait à de la glace pilée. Les mûres et les groseilles avaient tachés sa toge de larmes pourpres semblables à des gouttes de sang.
Deux longues journées s’écoulèrent. Une nouvelle Pythie officiait dans le temple de Jupiter. La vieille devineresse continuait à maudire l’ancien empereur entre les murs d’une forteresse perdue dans les montagnes.
Enfin Paul fit venir Carausius. Des sous-sols du Palais, il fit apporter un large plat où trônait une coupe d’argent. Le secrétaire de Dioclétien enfonça une spatule dans le mélange pourpre qui formait un dôme scintillant. Il goûta : c’était froid, presque mordant, doux et sucré avec une forte odeur de fruits frais.
« Apportez-en à l’empereur ! », ordonna-t-il à Paul avec un large sourire. « Et apportez-le vous-même ».
Paul portait la coupe à bout de bras, avançant à pas rapides entre deux gardes. Les cristaux de glace luisaient doucement dès qu’ils passaient devant une ouverture : le soleil avait à peine le temps d’y surprendre sa propre réflexion que Paul entrait dans une nouvelle zone d’ombre, jeu de cache-cache perdu d’avance car l’astre avait l’éternité pour briller. Ils longèrent la galerie qui menait aux appartements de Dioclétien. L’air iodé, chaud et parfumé, y affluait par vague. La mer s’étalait jusqu’à l’horizon, d’un bleu presque aussi pur que celui du ciel.
Carausius avait attisé la curiosité de l’empereur. Un met froid, capable de calmer les ardeurs du soleil et de lever la torpeur dans laquelle il baignait nuit et jour ?
Les gardes s’effacèrent devant le cuisinier. Celui-ci luttait pour empêcher le tremblement de ses mains. La glace commençait à fondre, il le sentait, le dessert perdait de son pouvoir : comment réagirait Dioclétien face à une flaque d’eau colorée ? Une cuillère d’argent était posée à côté de la coupe.
« Approchez Paolus. Paolus, c’est ainsi que vous vous appelez, n’est-ce pas ? ».
Paul hocha la tête. Du coin de l’œil, il observait la boule glacée : les cristaux à la surface se diluaient déjà sous la chaleur. Une goutte commença à couler le long de la coupe. Dioclétien tendit le bras mais Paul, dans un ultime souci de perfection, essuya la goutte du bout de son index droit et la lécha. La portée de son geste le saisit brutalement. L’empereur le regardait, interloqué. Il avait assisté à trop de crimes, trop d’empoisonnement pour accepter qu’on touche ainsi à sa nourriture. Pourquoi avait-il cru pouvoir faire confiance à un prisonnier, chrétien de surcroît ?
« Arrêtez-le ! Tuez-le ! ».
Paul posa son plateau : « je ne voulais pas… Je vous le promets. Ce dessert, je l’ai inventé pour vous ! ».
Carausius s’interposa : « Auguste Diocletianus, je vous en prie, les dieux n’ont pas besoin de sacrifice inutile ! ».
« Alors coupez-lui le doigt. Et préparez-moi un autre dessert ! ». Il tendit à son tour le doigt vers la coupe, le plongea dans la glace tandis que Paul était entraîné hors de ses appartements : « Hum… Délicieux, et aussi froid que ce que vous m’aviez promis, Carausius ». Il dégusta la glace jusqu’à la dernière goutte et se jeta avec le même appétit sur la deuxième coupe qu’un aide cuistot s’était empressé de lui préparer. Le doigt de Paul trônait sur un petit plateau à côté du dessert de l’empereur.
La légende veut que ce dessert glacé fut ensuite servi avec un biscuit ou un fruit de forme allongée pour rappeler l’erreur de Paul mais aussi pour saluer son inventivité et son sacrifice à Caius Aurelius Valerianus Diocletianus, ancien empereur romain.

Ainsi était né le Banana-Split !

Fin !

Par Lux - Publié dans : Histoires... d'y croire
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Mardi 14 août 2007

Ploc. Ploc. Ploc. Paul se boucha les oreilles pour ne plus entendre le suintement de l’eau tombant du plafond. Les secondes, les minutes et les heures, les jours même s’écoulaient au son de cette goutte d’humidité s’écrasant sur le sol. La nuit, Paul enfonçait de la mie de pain dans ses oreilles lorsque le sommeil tardait trop à venir et que son esprit était envahi par ce rythme infernal.
Les sous-sols du palais de Dioclétien abritaient les prisons parmi les mieux gardées du pays. L’ancien empereur veillait particulièrement sur la « santé » de « ses amis chrétiens » comme il les appelait, mais à qui pensait-il pouvoir faire oublier les massacres de la Grande Persécution ? Certainement pas à Paul, Paolus en romain, ni à ses amis qui avaient grandi dans cette croyance en un seul et unique Dieu, rejetant les dieux multiples des temples. Dieu avait délivré son message aux hommes par l'intermédiaire de «Iesus Nazarenus», Jésus le Nazaréen, tué par ces mêmes hommes il y avait moins de 3 siècles et ressuscité pour leur salut.
La «secte» des chrétiens s’élargissait d’années en années et même Dioclétien avait été obligé de les reconnaître comme croyants. Sa propre épouse, Prisca, n’était-elle pas l’une des leurs ? Mais au moment où l’Empire romain rencontrait des difficultés, il fallait trouver des coupables. «1er Edit de l’an 303 : destruction des édifices de cultes chrétiens et des écrits chrétiens… 2ème Edit : arrestation du Clergé… 3ème Edit : obligation pour les clercs de sacrifier… torture… 4ème Edit : tous les Chrétiens… poursuivis… persécutés… torturés… ». Le pouvoir divin de l’Empereur ne pouvait être remis en cause par des Romains reniant les dieux de leurs ancêtres.
Paul inclina la tête, ses compagnons de cellule priaient déjà : «Notre Père…».
Les Chrétiens étaient trop nombreux aujourd’hui, trop riches et trop puissants. Rome avait du se résoudre à tolérer puis accepter cette nouvelle religion au sein de son empire. Suite à son abdication, Dioclétien avait «accueilli» une petite communauté de Chrétiens dans son nouveau Palais, des prisonniers devenus ses obligés en échange du gîte forcé et du couvert. En contrepartie, les hommes aidaient aux travaux dans le palais, jardinage, construction, maintenance, écuries…
Paul officiait aux cuisines, c’était le meilleur de tous les cuistots, la finesse de son palais et de son odorat lui permettait de marier les saveurs pour des recettes plus savoureuses les unes que les autres. De parents chrétiens, Paul s’était égaré hors du chemin tracé pour lui : son père approvisionnait les riches familles romaines en pain frais. Mais le jeune garçon avait préféré l’argent facile, le jeu et le vol.
En prison, Paul avait retrouvé l’apaisement dans la prière et aujourd’hui, enfermé dans ce palais comme pour expier ses fautes passées, il employait son énergie à surprendre l’homme qui avait droit de vie ou de mort sur lui après Dieu : Dioclétien.
Cet été-là, les Chrétiens se révélaient être finalement les mieux lotis. Les voûtes épaisses des sous-sols gardaient une fraîcheur égale. En cuisine par contre, la chaleur était intenable : les fours avalaient pains, tourtes et rôtis à longueur de journée. Les cuistots qui se relayaient pour surveiller les cuissons perdaient des litres de transpiration à chaque fournée.
La croûte du pain brillait comme un rayon de miel. Paul mordit dans la miche encore chaude. L’arrivée brusque de Carausius le fit sursauter. Dans le palais, il était surnommé «l’ombre», éminence discrète mais puissante au service de Dioclétien. Le petit homme ne tarda pas à haleter sous l’effet de la touffeur. Les fours avaient transformé les cuisines en étuves. Attrapant un pan de sa toge, Carausius s’essuya fébrilement le front. Ses yeux survolèrent les visages des aides cuistots avant de s’arrêter sur celui du cuisinier en chef.
«Paolus», souffla-t-il en s’avançant vers lui. Le cuisinier se redressa. Il avait l’habitude des visites intempestives de Casaurius destinées le plus souvent à soulager les petites faims de Dioclétien.
Le confident de l’empereur se pencha vers lui : «Paolus, l’empereur est particulièrement irrité ces temps-ci. Il s’imagine être en disgrâce auprès des dieux… de nos dieux… Son mécontentement risque d’affecter d’autres personnes si le destin… ou les dieux… continue à s’acharner contre le pays».
S’approchant encore plus près de Paul jusqu’à chuchoter, Casaurius lui glissa à l’oreille : « vous connaissez la gourmandise de l’empereur. Inventez-moi quelque chose qui suscite la curiosité de ses papilles, un plat intrigant, nouveau et surtout frais… ou froid. Je veux lui changer les idées. »
«Froid ?». Paul le regarda, interloqué.
«Un plat froid ?».
«Oui, froid». La voix de Casaurius s’était raffermie. «Et faites vite : les augures sont de plus en plus mauvaises».

A suivre...

Par Lux - Publié dans : Histoires... d'y croire
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Dimanche 12 août 2007

Découvrez l'origine d'un dessert fameux, le banana-split.
C'était il y a très très longtemps, il y a plus de 1700 ans...

Sixième année du IVe siècle après Jésus-Christ, sur la côte Adriatique. C’était l’été, brûlant comme un big-bang avec des nuits haletantes à peine troublées par une lune ronde et blanche et des poignées d’étoiles filantes jaillissant d’un ciel moucheté d’éclats dorés.
Sur la côte Dalmate, près de Salone (aujourd’hui Solin), l’empereur romain Dioclétien avait fait ériger un palais digne de ses 11 années de règne sur un empire qui s’étendait de la Mer caspienne jusqu’à la Gaule. Il venait tout juste d’abdiquer de son trône et jouissait maintenant de la douceur de son pays natal dans sa ville-palais dédiée à Jupiter.
A 61 ans, Dioclétien se félicitait de pouvoir enfin profiter de sa retraite, protégé derrière d’épais remparts. Mais cet été, le 2ème passé dans son Palais, était l’un des plus chauds de ces 50 dernières années. La température n’était plus descendue en dessous de 35°C depuis plusieurs semaines déjà. Chacun avait la désagréable sensation d’errer dans un four béant que nul souffle d’air ne pouvait rafraîchir. La nuit n’apportait aucun repos au corps qui ne supportait ni drap ni toge et ruisselait en continu d’une sueur aigre et fortement salée.
Vu de la mer, le Palais de Dioclétien ressemblait à un large navire posé sur le rivage, une forteresse de pierre et de marbre aux toits de tuiles rouges dont les teintes rivalisaient le soir avec celles du soleil couchant. Les appartements de l’empereur ouvraient sur le grand large et ses odeurs d’iode et de pin. De sa longue terrasse couverte, Dioclétien observait les allées et venues de ses vaisseaux de guerre et celles, fort matinales, des bateaux de pêche colorés qui oscillaient paresseusement dans les eaux calmes du port sitôt le soir tombé. Les pêcheurs reconnaissaient la silhouette de l’empereur qu’ils s’empressaient de saluer dès qu’elle apparaissait sous la galerie de la façade maritime du Palais : « Ave, Auguste Dioclétien ! », lui criaient-ils sans attendre d’autres réponses qu’un léger hochement de tête.
L’homme avait régné sur un empire et y avait survécu, échappant aux assassinats, empoisonnements et autres trahisons qui avaient coûté la vie à tant d’autres, Empereurs, Augustes, Césars, Consuls… Il avait tué, beaucoup, ne comptant plus les cadavres qui s’entassaient aux portes de sa conscience. L’empire valait tous ces sacrifices, genoux à terre, nuques soumises, gorges tranchées, peaux brûlées. Dioclétien avait bu le nectar du pouvoir jusqu’à la lie et n’en était pas mort. Les Dieux l’avaient accompagnés jusqu’aux portes de son Palais et l’empereur les en remerciait chaque jour.
Il faisait chaud, si chaud...
Le soleil avait avalé jusqu’aux nuages, noyant l’azur de vagues aveuglantes. Dioclétien porta la main droite à son front, tentant d’apercevoir les ombres qui vacillaient sur l’horizon. Pas un mouvement, pas un souffle de vent, seule la chaleur faisait vibrer l’air. L’astre était au zénith. Hommes et bêtes dormaient, ayant succombé depuis plusieurs heures déjà à la torpeur générale. Seules la nuit et l’aube permettaient quelques sorties, au marché, au lavoir, aux bains. Les places étaient désertes : même les chiens restaient cachés, réfugiés dans quelques terriers abandonnés, le poil collé par la transpiration.
L’empereur se dirigea vers une large table de marbre. Une amphore de terre cuite était posée à une extrémité. Dioclétien saisit une louche de fer et la plongea dans l’eau presque fraîche. Le liquide coula dans sa gorge desséchée. Quelques gouttes glissèrent dans son cou jusque sur sa toge mais Dioclétien ne s’en soucia pas : la chaleur aidant, l’eau s’évaporerait en quelques minutes à peine.
« Carausius », appela-t-il d’un ton las. Un homme dans la fleur de l’âge apparut aussitôt à l’entrée de la pièce. Il logeait dans un petit appartement attenant à celui de l’empereur. Un garde attaché à la surveillance des lieux le prévenait d’un coup de lance sur le sol dès que Dioclétien le réclamait, quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit. Plus petit que l’empereur, plus frêle aussi – tandis que les plis de la toge de Dioclétien avaient peine à dissimuler un ventre rond et tombant, le petit homme flottait dans son habit immaculé – Carausius travaillait au Palais depuis que son principal habitant y avait définitivement établi ses quartiers. C’était le confident de l’empereur, son porte-parole, son secrétaire et son seul ami, si l’on admettait que Dioclétien pouvait avoir des amis.
« Ave Caius Aurelius Valerianus Diocletianus ».
« Ave Carausius ». Dioclétien s’avança vers l’une des ouvertures de la galerie aussi loin que l’ombre sur le sol le permettait. Le soleil traçait un chemin de lumière devant chaque embrasure, une allée brûlante qui ne s’effaçait que le soir venu.
« Qu’a dit la Pythie ? Combien de jours encore allons-nous subir la colère d’Hélios ? Le sacrifice de la demi-lune n’était donc t-il pas suffisant ? »
Carausius inclina la tête. Une goutte de sueur coula sur son front jusqu’à la commissure de ses lèvres. « Ce sont les pleurs des martyrs, ce sont les larmes des morts, l’empereur doit pleurer à son tour ». Il avait écouté muet de stupeur la prophétie de la Pythie. La vieille femme ne l’avait même pas regardé. Le visage collé au sol, elle s’était allongée devant l’autel de Jupiter et psalmodiait des prières d’apaisement. Le sang du poulet sacrifié maculait encore ses mains et ses lèvres. « Je les entends hurler jours et nuits et leurs cris irritent Hélios. L’eau se tarira comme le sang des morts. Diocletianus crachera des rivières de sel qui rongeront les pierres de son Palais jusqu’à ce qu’il disparaisse, englouti par la mer ! ».
Carausius s’était enfui, épouvanté. Il faudrait trouver une autre Pythie. La Devineresse ne pouvait pas blasphémer ainsi contre l’ancien empereur protégé de Jupiter.
« Il faudra d’autres sacrifices, Diocletianus. La Pythie est très vieille, sans doute trop, elle n’arrive plus à lire les entrailles. Je trouverai une autre vierge, le Temple de Jupiter ne peut rester sans lumière pour décrypter les desseins des dieux. »

A suivre...

Par Lux - Publié dans : Histoires... d'y croire
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Samedi 11 août 2007

dubrovnik-vuegenerale2.jpg

Après Sarajevo, embarquez avec moi pour un tour sur la côte dalmate, direction Dubrovnik, "Perle de l'Adriatique" et son ange gardien Lokrum, puis l'île de Korcula qui auraît vu naître le marchand et aventurier Marco Polo, pour terminer par Split et les vestiges du palais romain de Dioclétien.

Voir l'album dédié "Croatie".

Par Lux - Publié dans : Reality
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