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Lifeisamiracle est un blog à histoires.

Les miennes et les autres, toutes celles qui se prendront dans mon filet à histoires.

Il était une fois...

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Vendredi 21 septembre 2007

Du bout des doigts elle a brossé
Sa longue chevelure,
Les mèches tombaient par poignées
Glissant sur ses chaussures.

La nuque baissée elle contemplait
Les rayures, les zébrures,
Ses cheveux bruns sur le parquet
Comme autant de fêlures.

Sur l’oreiller, ses rêves brisés
Des morsures de rancœur,
Son futur qu’elle offre au passé
En avalant les heures.

Dans les couloirs de l’hôpital
Le blanc s’écrase se meurt,
Le bonheur s’étouffe en un râle
Il n’y a plus d’ailleurs.

Les médecins jouent à Soleil vert,
Traitements, patients, calmants,
La maladie prend des grands airs,
S’installe patiemment.

Du bout des doigts elle a brossé
Ses cheveux synthétiques
Posés sur son crâne rasé
Presque photogénique.

Sa vie s’étire jusqu’au ciel,
Vibrant au gré du vent,
Caressée par les hirondelles
Qui annoncent le printemps.

Par Lux - Publié dans : Reality
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Mardi 18 septembre 2007

La Provence a un parfum de lavande, de pin et de soleil. La Provence respire au rythme indolent d'une mer pas si lointaine et gazouille sous les chatouillis du Gardon. La Provence tient dans sa main un bouquet de couleurs, bleu, vert et ocre mêlés. La Provence est un puit de lumière auquel s'abreuvent les esprits mélancoliques.

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Par Lux - Publié dans : Reality
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Mardi 11 septembre 2007

La dernière, promis, la toute dernière, une sorte de 4ème mi-temps car l'important, c'est d'avancer, toujours.

La nuit s'assombrissait, des chants de victoire soudain emplirent les rues... Armand, lui, sautillait depuis dix minutes déjà au pied de l’immeuble 2B de la Cité des Quatre. Un coup à gauche, un coup à droite, coudes serrés contre son torse, il frappait un punching-ball invisible avec de petits gestes rapides, amplitude minimale, puissance maximale.
« Je vais t’écraser mon pote, tu ne fais pas le poids face à Speed A. Cherche pas à esquiver mon pote, le ring c’est ta prison ! Crois pas que tu pourras goûter un jour aux hourras du public. Les filles surex’ c’est pour moi. Y’aura plus que ta reum pour t’applaudir ! ».
Il leva les yeux vers le 10ème étage de la tour, plus besoin de compter, à croire que son regard s’était réglé de lui-même à la bonne hauteur à force de venir chercher Medhi, son meilleur copain depuis longtemps… depuis toujours.
Armand n’habitait pourtant pas loin, dans la 1A, mais c’était déjà presque une autre planète, surtout môme, on se tournait longtemps autour avant de s’adresser la parole entre résidents d’immeubles voisins. Plus âgés, les histoires n’étaient plus les mêmes, comme si les gamins se lavaient la bouche entre 11 et 13 ans et y enfournaient de nouveaux mots tous neufs, aux lettres sans cesse mouvantes, des mots tordus, coupés et recollés dans un autre sens. Tout de suite les phrases résonnaient plus fort, les mots gagnaient en musique.
L’immeuble 2B grimpait jusqu’au gris du ciel, tour anonyme mais pleine de couleurs et de vies. De larges pavillons blancs s’étaient greffés aux fenêtres, oreilles branchées sur le ciel et ses satellites en orbite géostationnaire ; des fils à linge lourdement chargés reliaient les balcons comme des drapeaux de prières adressées à Eole ; une forêt avait poussé sur un balcon au 13ème étage, un jardin suspendu à plus de 30 mètres au-dessus du bitume. Et puis il y avait les visages des mamans penchées aux fenêtres, criant au loup, au dîner ou à l’heure qui filait toujours trop vite surtout les soirs d’été ; ceux des pères occupés à tchatcher par balcons interposés, tatillons jusqu’à rembobiner les matchs de foot et de rugby pour s’étriper sur le choix de la couleur des maillots ou le goût de l’herbe coincée entre les crampons.
Armand cessa un instant de s’agiter pour regarder son portable, horloge analogique, grande aiguille bloquée sur la demie et la plus petite flirtant avec minuit, cendrillon des heures perdues. Ce soir, c’était LE match important pour Medhi, décisif pour l’équipe de France de rugby dans cette 6ème Coupe du Monde. La phase de poules pour des combats de chefs, « de poids lourds » se vantait Medhi qui ne manquait jamais une occasion de taquiner Armand sur sa catégorie en boxe : « coq » tirant sur « mouche » les jours de disette. Poids plume peut-être mais pas poule mouillée !
Madhi et Armand étaient comme les doigts d’une main qui n’en aurait compté que deux, le pouce et l’auriculaire. Medhi, on l’apercevait de loin, sa silhouette bloquait les rayons du soleil lorsqu’il inclinait la tête pour saluer madame Lopez, l’institutrice à la retraite du 7ème. Celle-ci le regardait en plissant les yeux, admirant une fois encore les boucles brunes du jeune garçon qui se découpaient en arabesques sombres sur la lumière crue : « on dirait un ange ! ».
La première rencontre entre Armand et Medhi se déroula un 25 septembre à 10h36 sous une pluie battante. Madame Chevalier sortait tout juste de la maternité. Dans son berceau, Armand, 3,2 kg pour 49 cm. Sur le parking, une autre voiture s’était garée, celles des Shérif. Leur fils Medhi était né quelques jours plutôt. Les deux mères s’étaient saluées d’un geste joyeux, déjà complices de berceaux, promis promis, on se reverra, on discutera couches-culottes et biberons stériles, on se promènera le long du boulevard du Général Leclerc, on piétinera le sol coulé en EPDM de l’aire de jeux du Square Trousseau, on fêtera ensemble les anniversaires de nos fils. Les pères avaient échangé poignées de mains, cigarettes et yeux cernés.
En grandissant, Medhi et Armand avaient suivi une courbe ascendante presque parallèle jusqu’à l’adolescence. En trois ans, Medhi avala les centimètres tandis qu’Armand enchaînait sans résultat les séances d’étirements.
37 centimètres les séparaient aujourd’hui, 37 centimètres en hauteur et presque autant en largeur.
Un jour au collège, le professeur de sport les avait entraîné à l’écart :
« Vous ne pouvez plus continuer à vous entêter ainsi à vouloir jouer toujours ensemble ! Regardez-vous, le moustique et l’éléphant ! ».
Devant les mines dépitées des deux amis, le professeur s’était adouci :
« Transformez plutôt votre taille en atout au lieu de chercher à lutter contre. Medhi, tu ne gagneras rien à tabasser tous ceux qui cherchent à braver tes poings. Armand, cesse de considérer Medhi comme ton sauveur. Tu vaux mieux que le rôle de victime dans lequel tu te cantonnes. On t’appelle Mini pouce ? Sache que tu battrais la plupart de tes camarades à la course de vitesse. Medhi, par contre, tu ne vaux rien au combat rapproché, trop puissant, pas assez subtil. » Ce fut ainsi que Medhi rejoignit l’équipe de rugby du collège tandis qu’Armand s’essayait à la boxe anglaise.
Penché par-dessus le balcon, Medhi émit un sifflement strident. Armand se tordit le cou, levant le bras pour saluer son ami :
« T’as vu ça, Armand, on gagné, la France est en quart de finale ! ».
Armand sourit : « Ah, c’était donc ça, tous ces cris, moi qui pensais que c’était parce que tu avais enfin réussi à coucher avec Emilie ! »
Le rire de Medhi se répercuta sur les façades des immeubles de la Cité des Quatre.
« Y a pas que ça, Armand, ça y est, je suis enfin pris ! »
Les deux amis laissèrent éclater leur joie, Armand bondissant au pied de la tour, trop content que son ami soit encore perché sur son balcon et non pas en bas à côté de lui : aucun risque ainsi qu’il ne surprenne les larmes dans ses yeux, larmes de joie et de fierté. Son meilleur pote avait été sélectionné pour suivre la formation du Centre National de Rugby de Marcoussis, « un rêve de rugbyman ». Dans 4 ou 8 ans, Medhi jouerait en équipe nationale, au Stade de France, Armand était prêt à parier jusqu’à sa future Phaeton.
Medhi lui fit signe de grimper. Armand ignora volontairement l’ascenseur et courut étage après étage jusqu’au 10ème où il s’arrêta, à peine essoufflé. Il y a trois semaines, le jeune garçon remportait la finale du championnat de France junior de boxe anglaise, catégorie Coqs. L’entraînement avait fini par payer.
Médhi ouvrit la porte en hurlant. Dans le salon, son père discutait tactique avec celui d’Armand.
Armand entra dans l’appartement, bousculant Medhi. Plus qu’une question de poids, la vie était pour eux une histoire d’amitié. A mort.

Par Lux - Publié dans : Histoires... d'y croire
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Dimanche 9 septembre 2007

(refrain)
Un nuage est passé
Dans mon ciel tout bleu,
J’arrête pas d’y penser,
J’ai le cœur en feu.

Mon petit doigt m’a dit,
« Prend tes jambes à ton cou,
Ce tout petit souci
Pourrait te rendre fou »

Une semaine dans mon ciel
Le nuage est resté,
Conjugué au pluriel
Il s’est mis à pleurer.

A grosses gouttes d’eau,
Mes larmes sont tombées,
Mon souci fait le beau,
Il adore me narguer !

Dans mon lit dans la rue,
Mon souci se soucie
Que je sois bien repu
De chagrin et d’ennui.

Dans ma chambre je tourne
En rond dans ma cuisine,
Mes grimaces j’enfourne,
Au cafard je turbine.

Ma raison me pré-mâche
Des paroles positives,
De peur que je ne crache
Mes pensées négatives.

Puis un jour, un matin,
Le soleil est entré,
M’a tiré par la main
Pour me dépoussiérer.

Le souci a perdu
Soudain tout son attrait.
Dans mon ciel j’ai tracé
Le mot « joie » à la craie.

Par Lux - Publié dans : Reality
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Vendredi 7 septembre 2007

Voici la 3ème et dernière mi-temps du concours de nouvelles organisé par la SNCF !


La nuit s'assombrissait, des chants de victoire soudain emplirent les rues..., des mots assourdissants crachés par d’énormes mégaphones rivés aux arbres. Les troncs vibraient sous les cris d’une foule invisible, rumeurs d’un autre temps, d’un temps joyeux où les chants célébraient l’amour et la liberté au lieu d’égrener les paroles creuses de la propagande.
Calfeutrés chez eux, les habitants de la capitale adjirane soupaient sous la lumière d’une ampoule nue dont le filament grésillait doucement.
Du dehors, ils ne voyaient que le noir des cartons scotchés à leurs vitres, ou ce que leur livrait leur imagination, entre le fantasme d’une rue animée grouillante de monde, avec de petites vieilles au dos arrondi par la vieillesse, des jeunes filles aux jambes fuselées et au rire clair, des grappes d’enfants excités par le parfum de la barbe à papa, des hommes présents, valides, deux jambes, deux bras, l’espoir encore agrippé au cœur, et la peur de ce vers quoi leur monde avait mué il y a quelques années, les sirènes au son monocorde qui transperçait les murs jusque dans les caves, les claquements secs d’une fusillade, le sifflement d’un obus, les cris, les trous dans le sol dans les murs dans les peaux, le sang qui coulait souillant l’eau des rivières et colorant jusqu’aux larmes des enfants.

TSUNGUE (AFP) - 15/11/2007 9h47 : « Aujourd’hui marque un tournant dans les relations entre la nation adjirane et ses détracteurs. Le président Javier Lanza vient d’être élu avec plus de 75% des voix. Une large victoire pourtant contestée par l’opposition qui dénonce la corruption dont auraient été victimes certains fonctionnaires de l’ONU chargés de la surveillance des bureaux de vote. Les Adjirans ont participé à plus de 57% à ce vote qui vient légitimer la présence de Lanza à la tête de ce jeune Etat. Rappelons que Javier Lanza a dirigé en 2001 un putsch contre l’ancien leader Diakos Marian. Une guerre civile a ensuite déchiré l’Adjiranie pendant plusieurs années, conflit sanglant ayant débouché sur la mise en place d’un régime dictatorial. Suite à ces élections, la communauté internationale invite Javier Lanza à emprunter le chemin de la démocratie ».

Malgré le couvre-feu et les rondes incessantes des militaires juchés sur des 4x4, quelques ombres erraient encore près du stade de la Révolution. Un homme s’approcha d’une petite bougie posée à même le sol. La frêle lueur dédoubla sa silhouette, homme de chair poursuivi par son ombre, son double fantasmagorique qui rapetissa lorsqu’il s’agenouilla pour déposer par terre une fleur aux pétales déjà flétris. La main droite cachant son visage, l’homme resta prostré un instant, les épaules secouées par de silencieux sanglots. Un autre homme, plus jeune, s’approcha à son tour : « Allez viens, il ne vaut mieux pas s’attarder ».
Puis, levant les yeux vers les murs sales et vérolés du stade, il lança : «Promis mon pote, tu auras droit à une sépulture même s’il ne reste plus que ton nom à honorer».
Ils s’écartèrent de la bougie et des dizaines de fleurs et de larmes de papier qui jonchaient le sol, puis disparurent avalés par l’obscurité.
Au cours de la nuit, une patrouille s’arrêta près du mausolée de fortune. L’un des militaires secoua la tête :
« il ne méritait pas ça… ».
« Tais-toi », lui intima son supérieur avant d’écraser les fleurs de plusieurs coups de bottes. La bougie valsa et s’éteignit aussitôt.
Une petite photo resta pourtant posée debout contre le mur. On pouvait y voir le visage d’Ilan Laroutchi, le capitaine de l’équipe nationale de rugby. Le joueur le plus aimé des Adjirans avait été exécuté trois jours auparavant sur la pelouse du stade qui avait accueilli chacune de ses victoires. Son crime ? Haute trahison envers son pays.
Tandis que son supérieur remontait dans leur véhicule, le militaire se pencha pour effleurer la photo du doigt. Puis il sauta dans le 4x4 qui redémarra brutalement.

Ilan Laroutchi arpentait à longues enjambées le bureau de son entraîneur, Amin Vernanir, qui le fixait d’un air sombre. Il explosa :
« Tu m’avais promis ! ».
Amin ne sourcilla pas tandis que son poulain renversait une pile de dossiers d’un geste rageur.
Le rubgyman maintes fois décoré n’essayait plus de contenir sa colère :
« Je devais signer avec cette équipe, c’était ce que nous avions convenu, rappelle-toi notre accord, tout l’argent que je t’ai versé, ponctionné sur mes propres gains, je devais signer avec eux ! »
« Tout doux, Ilan, tout doux ».
Le joueur grogna : « Ne joue pas à ce jeu avec moi, Amin ».
Ilan Laroutchi dominait son entraîneur d’au moins une tête. Celui-ci se tassa imperceptiblement tout en tripotant nerveusement le zip de son blouson.
« Ecoute, tu sais que les élections approchent : Lanza a besoin de ton soutien et surtout de ta notoriété ! Il ne pouvait valider ta demande de transfert ».
« Mon soutien ? »
Des images s’entrechoquèrent dans la mémoire d’Ilan, celles de son père arrêté il y a à peine quatre ans, torturé puis rendu à sa famille grabataire, incontinent. Sa mère dormait aujourd’hui dans une chambre séparée, ne supportant plus les cris que son mari poussait durant son sommeil. Anti-putschiste et anti Lanza, Markos Laroutchi n’avait été épargné que grâce au statut de son fils, capitaine et star de l’équipe nationale de rugby.
« Jamais je ne cautionnerai la politique de Lanza ! Il se passera de moi. Je trouverai une autre solution et tu m’y aideras, Amin, tu me dois bien ça. »

« Crois-tu, Ilan, que tout cela serve à quelque chose ? Nous nous faisons vieux et ton père… Jamais il ne pourra supporter un tel voyage ! »
Ilan posa ses mains sur les épaules de sa mère. Cette femme courage le dévisageait aujourd’hui l’air terrifié. Il devait la convaincre, la survie de la famille en dépendait :
« J’ai tout prévu avec Amin. Cela fait plus d’un an que je prépare notre départ. Nous prétexterons une opération impossible à réaliser ici, au pays. Papa sera pris en charge par de faux médecins. Et une fois sur place, vous disparaîtrez quelques temps. La Coupe du Monde débutera un mois après. Je fausserai compagnie à l’équipe juste avant de rejoindre l’aéroport. Puis j’irai directement déposer une demande d’asile. Je refuse que ma famille demeure dans ce pays tant que Lanza conserve le pouvoir ! »
« Mais, et les élections de novembre ? Ne dit-on pas que l’Adjiranie redeviendra enfin une démocratie ? Plus de couvre-feu, plus d’arrestations arbitraires, plus de violence ? »
Ilan ne répondit rien.
La mâchoire serrée, il se détourna un instant de sa mère. Jamais il n’oubliera le regard de son père à sa sortie de prison, celui d’un homme blessé, humilié. Les yeux noyés de larmes, Markos Laroutchi avait repoussé son fils d’un geste las, incapable de lui cacher ce qu’il était devenu : une épave. La torture lui avait ôté jusqu’à l’essence même de son humanité : son besoin d’espoir, son envie de liberté. Markos Laroutchi aurait souhaité mille fois mourir plutôt que d’infliger à sa famille le spectacle qu’il lui offrait aujourd’hui.
« Je parlerai à papa. Il comprendra. »

« Je te préviens Ilan, ils ne te lâcheront pas ».
Ils, les corbeaux de Javier Lanza, soi-disant officiels dépêchés par le Président et chargés de le représenter auprès des instances organisatrices de cette 6ème Coupe du Monde de rugby. Lanza lui-même s’était déplacé à l’aéroport pour saluer l’équipe, campagne présidentielle oblige. S’approchant d’Ilan, le Président lui avait glissé à l’oreille : « Je compte sur toi, Laroutchi. Ton pays aussi ».
Le capitaine avait répondu à sa poignée de main moite par une pression de plus en plus insistance tandis que des photographes les mitraillaient de tous côtés. Sur les photos, Javier Lanza conservait un air plutôt crispé. Quiconque aurait lu dans les yeux d’Ilan Laroutchi y aurait trouvé de la détermination mais aussi de la haine.

Ilan Laroutchi ne réussit jamais à déposer une demande d’asile. Sa fuite fut brutalement stoppée par la police des frontières sur ordre du Président de ce qui aurait dû être le pays d’accueil de la famille Laroutchi. Le rugbyman fut reconduit à l’aéroport menottes aux poignets, solidement encadrés par les sbires de Lanza.
Direction, l’Adjiranie.

Certains des puissants de ce monde voyaient en Javier Lanza un moyen de contrôler ce petit pays frontalier de nations instables. Ils lui avaient promis le pouvoir contre l’installation d’une base militaire secrète. « Rumeurs ! », se défendit Lanza peu de temps après son élection, attaqué par les principales organisations de défense des Droits de l’Homme, les mêmes qui s’étaient opposées en vain un mois plus tôt à l’exécution d’Ilan Laroutchi.

Pas un bruit ne s’élevait des tribunes pourtant pleines du stade. Beaucoup gardaient les yeux baissés, refusant de regarder la silhouette imposante de leur star qui faisait face à un peloton de 5 militaires, armes au repos. Ils étaient venus rendre un dernier hommage à leur capitaine, masse silencieuse face aux délires d’un tyran.

Par Lux - Publié dans : Histoires... d'y croire
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Vendredi 31 août 2007

Deuxième mi-temps du concours de nouvelle ici ! Promis, la troisième mi-temps sera moins "guimauve" ;-)

"Slt. Choc énorm, bocou d'émotion", le SMS venait de lui parvenir et... Joël bondit hors de sa chaise en hurlant de joie, les joues écarlates d'émotion.
"On a gagné !"
Impossible de lutter contre la brusque montée d'adrénaline et le bonheur qui explosa comme le bouchon d'une bouteille de champagne trop chahutée. 15 minutes qu'il attendait ce sms après plus de 2 heures passées le regard rivé sur l'horloge projetée en hologramme sur le mur du fond.
"On a gagné", répéta-t-il en se rasseyant, des sanglots de rire dans la voix.
Autour de lui, pas une tête ne s'était retournée. Au pays des sourires sans dents et des gestes mesurés, l'exubérance passait presque pour de la folie. Les doigts sur les claviers courraient comme le lièvre d'Alice, petite armée pressée par le temps et l'obligation de rendement.
Joël rapprocha sa chaise de son bureau, fixant l'écran sans le voir, le sourire béat.
"On est en finale, on est en finale" se répétait-il comme un mantra.
Ce samedi, pas question de manquer le match. Il était prêt à traverser tout Sapporo pour rejoindre SON bar, le TK6 Cafe & Bar, l'oasis des rugbymen exilés en terre sumo.

« Soma San ». Joël s’inclina plusieurs fois devant son supérieur, bureau numéro 154, deuxième porte à droite après les machines à café parlantes. Le jeune garçon garda les yeux baissés, observant d’un air qu’il souhaitait le plus humble possible les chaussures rutilantes de Soma Tatsukishi, son maître de stage. De bien petites chaussures.
Joël mesurait 1m95, Soma San, 1m50 d’os et de finesse.
Malgré la supériorité physique indéniable de Joël, Soma Tatsukishi paraissait évoluer constamment en lévitation, les pieds posés sur un tapis de certitudes mêlées d’arrogance. 15 ans qu’il travaillait dans cette multinationale. L’homme n’employait le mot doute que pour désigner les premiers faits d’armes de ses stagiaires étrangers.
« Hum ? »
« Kudosai, Soma San... » Et Joël expliqua avec un japonais mâtiné d’anglais le match gagné aujourd’hui par son pays, et surtout la finale France – Nouvelle-Zélande de samedi.
« Je dois y aller, vous comprenez ? ».
« Rugby ? ».
Dans la bouche du directeur japonais, les cinq lettres perdirent d’un seul coup toute saveur.
« Samedi ? iie ! Travail, travail, vous n’avez pas changé de continent pour perdre votre temps au jeu ! »
« Mais… »
Une porte close avala la fin de sa phrase. Soma Tatsukishi s’était déjà télétransporté dans son bureau, hors d’atteinte de Joël et de sa mine dépitée. Le jeune garçon repartit en ronchonnant s’assoire à son bureau.
« Baito, baito ! ». Sous prétexte qu’il était stagiaire, Joël avait à peine le droit de s’arrêter plus de 10 secondes, même pour respirer. Pour sa dernière année d’étude, il voulait de l’exotisme, un pays loin de sa campagne natale, dépaysant et qui bousculerait ses habitudes. Au lycée, il avait choisi Japonais en troisième langue, à cause des samouraïs et des kamikazes –« ces gars-là ont le sens de l’honneur ! ». La bourse proposée par son école acheva de le convaincre. Il embarquerait pour un an au Japon !

Joël n’avait jamais autant trimé que depuis son arrivée au pays du Soleil Levant, perfectionnant l’apprentissage de la langue en cours du soir et déployant la journée toute son énergie à séduire Soma San. Il n’avait pas pris un seul jour de congé en 7 mois et voilà que ce pervers de Tatsukishi voulait le priver de la finale de la Coupe du Monde de rugby !

Car pour les Japonais, l’entreprise était comme une deuxième famille. C’était une tradition que de sacrifier son week-end à l’avancement de ses dossiers. Pire, beaucoup en tiraient de la fierté : « Je suis resté hier au bureau jusqu’à 23h et c’est la troisième fois depuis le début de la semaine, lalalala-lè-re », chantonnaient presque certains, hilares. Joël ne pouvait s’empêcher de les plaindre, ces handicapés des vacances. Lui courrait rejoindre son équipe de rugby pluri-ethnique à chaque minute de temps libre.
En France, ses potes de rugby s’étaient rassemblés pour chacun des matchs de la Coupe du Monde. Pour la demi-finale, ils avaient organisé un barbecue géant chez l’un d’eux. Au même moment Joël validait la traduction en français et en anglais d’un tout nouveau logiciel informatique.

La France allait disputer la finale et lui relisait toujours son pavé de quelques 300 pages…

« Konnitiwa ! » Encore un forçat des heures sup’. Joël se redressa machinalement pour le saluer. Son collègue enchaîna deux ou trois autres courbettes avant s’éclipser à son tour dans un bureau.
Joël se passa la main dans les cheveux. Il commençait à voir double, les lettres se mélangeaient, bousculées par les reflets bleu électrique de son écran d’ordinateur.
« Konnitiwa ! »
« Konnitiwa ! », répondit-il machinalement avant de lever les yeux, surpris par la douceur de la voix du nouvel arrivant. Un rideau de cheveux laqués de noir s’écarta d’un gracieux mouvement de tête, révélant un visage fin mangé par de larges yeux en amande couleur ébène : c’était Atsuko, le bras droit de Soma Tatsukishi.
La belle et distante Atsuko.
Le jeune garçon se sentit rougir. C’était une vraie femme, trente ans environ, dévouée à son patron, ombre fidèle et discrète. Joël n’avait jamais échangé plus de deux mots avec elle. Les lèvres d’Atsuko, couleur pourpre, dévoilaient de toutes petites dents couleur ivoire. Perdu dans leur contemplation, Joël mit quelques secondes à répondre à la question de la jeune femme.
« Vous n’assistez au match de rugby que dispute votre pays ? »
Etonné, Joël haussa les épaules : « le travail… ».
« Je vous ai entendu demander votre samedi à Soma San. Je suis désolée pour vous, il est intraitable. »
Puis elle sourit et les joues de Joël se marbrèrent de rouge. D’un geste de la main, elle l’invita à le suivre. Le garçon jeta un rapide coup d’œil autour de lui : les quelques employés présents paraissaient concentrés, le visage collé à leur poste de travail.
Atsuko se dirigea vers le bureau de Soma Tatsukishi, une large pièce aux murs gris souris où trônait un bureau en verre et inox. Une reproduction de la Vénus de Milo placée près de la baie vitrée contemplait les visiteurs. Sur le côté, un petit salon et accroché au mur, un large écran plasma.
« Asseyez-vous ». Joël regarda Atsuko sans comprendre. La jeune femme attrapa la télécommande et alluma l’écran qui prit une belle teinte verte. Sur une pelouse, 30 lilliputiens disputaient une partie acharnée.
« Allez-y, je dois finir de préparer les dossiers à signer pour Soma San. Profitez-en ! » Elle lui fit un clin d’œil et quitta le bureau, l’abandonnant la télécommande dans la main.

Les deux heures trente de match se déroulèrent comme dans un rêve. Au début, Joël ne pouvait s’empêcher de surveiller la porte. Puis au bout de quelques minutes il se laissa happer par le jeu. Atsuko le rejoignit juste avant la fin du match, le regard brillant. Qui aurait cru que cette jeune femme à l’air si froid pouvait avoir un rire aussi éclatant ?

La France gagna 24 à 10 contre les All Blacks. Joël, lui, remporta le plus beau des trophées : la douceur des lèvres d’Atsuko posées sur les siennes.
La fin de son stage promettait de beaux moments épicés !

Par Lux - Publié dans : Histoires... d'y croire
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