Y aura-t-il un Père Noël à Noël ? -1/2

Publié le par Lux

Petite bafouille de Noël. Histoire presque qui pourrait si elle était plus crédible être vraie.

« J’en ai plein le dos, marre des listes interminables écrites en pattes de mouche, des souhaits extravagants, des gens capricieux et du mauvais temps ! Il n'y a plus d'esprit de Noël ! Je démissionne ! »
Le visage empourpré de colère, le Père Noël jeta son bonnet rouge sur son lit défait. Et il se recoucha, faisant couiner le sommier. Mère Noël, debout près de la penderie remplie de costumes rouges et de robes de chambre gris souris, le regarda interloquée. Elle portait encore à la main un pantalon rouge qu’elle venait de repasser.
« Mais, Père Noël, la distribution des cadeaux débute dans 15 jours. Tu ne peux pas abandonner ton poste, tu n’en as pas le droit ! Fais la grasse matinée aujourd’hui et demain, tu retourneras à l’usine avec les lutins : la production de cadeaux augmente d’année en année et les enfants ne nous pardonneraient pas le moindre retard !
Pour toute réponse, le Père Noël rabattit la couette en duvet d’oie sur ses oreilles. Seuls dépassaient des draps quelques rares cheveux blancs plantés arbitrairement sur son crâne. Mère Noël suspendit le pantalon rouge à côté de la longue rangée d’autres pantalons rouges et esquissa un pas vers le lit qui vibrait déjà des ronflements du Père Noël. D’une main à la peau aussi douce que le poil d’un renne nouveau né, elle caressa le dos de son mari et déposa un baiser papillon sur sa tempe. Puis elle sortit de la chambre sur la pointe des pieds. Père Noël méritait bien une petite journée de repos.
Mère Noël avait perdu le décompte des années passées à satisfaire les souhaits des habitants de la planète Terre. Père Noël n’avait jamais raté un seul Noël depuis son embauche à ce poste hautement stratégique. Pire, sa cote de popularité augmentait d’année en année. Mère Noël collectionnait tous les objets à son effigie : elle était si fière du travail accompli par son mari. Il n’y avait que le climat qui ne lui plaisait pas : au Pôle Nord, il fait toujours si froid ! Mais après une longue journée à l’usine, Père Noël l’entraînait dans la chaude humidité du sauna et tous deux se relaxaient, le dos calé sur le bois brûlant. Puis ils couraient main dans la main dans la neige : Mère Noël ne se lassait jamais de ce moment plutôt… coquin !
L’été, Mère Noël faisait le plein de lumière et Père Noël surveillait les morts et les naissances, saluant chaque départ et chaque arrivée avec une émotion égale. Et quand l’hiver approchait, les listes de cadeaux affluaient à l’usine des lutins qui fonctionnait aux 3/8 jusqu’au 23 au soir. Le 24 au matin, Père Noël était prêt pour la tournée. Et pour cette journée si spéciale, le temps terrien paraissait s’arrêter, et le cœur du Père Noël battait soudainement plus vite. Les huit rennes de Père Noël trépignaient : Dasher, Dancer, Prancer, Vixen, Comet, Cupid, Donder et Blitzen se préparaient physiquement toute l’année assurer un max lors de la tournée. Même Rudolph, le neuvième, le petit dernier, attendait avec impatience le signal du départ. Une fois les cadeaux chargés, Père Noël grimpait sur son siège en bois. Puis après avoir embrassé une dernière fois Mère Noël, il faisait claquer sa langue et les rennes surexcités s’élançaient vers le ciel. Le traîneau sillonnait les airs de l’hémisphère nord à l’hémisphère sud à la vitesse d’une étoile filante jusqu’au douzième coup de minuit.
A leur retour, la tension des derniers mois se relâchait d’un seul coup et Père Noël tombait immanquablement malade. La vie au nord du Pôle Nord se remettait ensuite doucement en route et chacun, des parents Noël aux lutins, profitait des chaudes couleurs du printemps. Oui, Père Noël avait le droit de rester exceptionnellement couché.
Aujourd’hui seulement.
Mais le lendemain, le surlendemain et le jour encore d’après, après avoir passé trois jours et trois nuits à squatter le lit king size de la chambre conjugale, Père Noël refusait toujours d’aller travailler.
« Mère Noël, je n’en peux plus, je ne veux plus gâter des ingrats et rien de ce que tu me diras ne me fera changer d’avis ! ».
Mère Noël qui avait jusqu’à présent réussi à conserver son calme devint aussi rouge que le plus neuf des costumes de son Père Noël de mari. Elle qui était d’habitude aussi gaie qu’une brise légère de printemps se mit à hurler :
« Père Noël, ce petit caprice ne m’amuse plus ! Tu as une usine de jouets à faire tourner ! Les lutins s’inquiètent et Dieu sait qu’ils ont parfois besoin d’être motivés. Tu es leur leader, Père Noël, sans toi, il n’y aura pas assez de jouets à Noël ! ».
« Trouves quelqu’un d’autre pour me remplacer ! ».
A ces paroles, le sang de Mère Noël se figea dans ses veines. Les murs de leur adorable chalet de bois se mirent à tanguer et Mère Noël fit deux pas en avant, un pas sur le côté, trois pas en arrière avant de s’évanouir, la main posée sur le front, et s’étaler de tout son long sur la descente de lit en poils d’ours tissés. Père Noël grogna puis appela à la rescousse le lutin d’intérieur :
« Mon cher ami, Mère Noël ne se sent pas bien, aidez-moi s’il-vous plaît à l’étendre sur le lit. ». Le lutin renifla d’un air de mépris et souleva en ronchonnant les pieds de Mère Noël. Lui non plus n’appréciait pas l’attitude de Père Noël. A l’usine, on commençait à jaser : Père Noël était LE Père Noël, il n’avait pas le droit de s’arrêter !
Le quatrième jour, Mère Noël se réveilla avec la gueule de bois. Après s’être relevée de son évanouissement, elle avait avalé plusieurs lampées d’alcool distillé par les lutins. Sa gaieté naturelle s’était envolée pour céder la place à une ombre qui teintait de noir ses iris autrefois si bleus. Le lutin d’intérieur tenta sans succès de la rassurer :
« Ca lui passera, il faut juste lui montrer les chiffres de l’état des stock : rien de tel qu’un petit scénario catastrophe pour remotiver un chef d’entreprise comme Père Noël ! ».
Mère Noël laissa échapper un sanglot. « Je croyais connaître mon mari par cœur, mais là, il n’est plus le même. Il ne changera pas d’avis. Il faut lui trouver rapidement un remplaçant. Dieu est bien trop occupé entre les guerres et sa croisade pour la paix. Les lutins refuseront de toute façon de quitter le Pôle Nord et j’ai peur à plus d’un mètre au-dessus du sol. Je ne vois qu’une seule solution : passer une annonce sur notre site internet ! ».
Le lutin d’intérieur bondit : Mère Noël avait perdu la tête, jamais on ne trouverait à temps un remplacement. Et surtout, il serait impossible de le former aussi rapidement. Père Noël, c’est un métier et les qualités requises sont aussi nombreuses que la plus longue des listes de cadeaux.
« www.perenoel-polenord.org est le site le plus consulté au monde. On trouvera bien quelqu’un capable de le remplacer! »
« Cela reviendrait à avouer au monde l’abdication de Père Noël ! »
« On trouvera une excuse, une patte cassée, une pneumonie ou un accident de traîneau. Cela suscitera la sympathie et le candidat idéal se présentera à nous. Père Noël a le plus efficace des anges gardiens : il ne peut pas nous refuser un coup de main ! ».

A suivre...

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