Y aura-t-il un Père Noël à Noël ? -2/2

Publié le par Lux

Le soir même, les internautes du monde entier découvrirent avec stupéfaction l’annonce suivante : « Père Noël est tombé brusquement malade et se trouve exceptionnellement cette année dans l’incapacité d’assurer la tournée de livraison des cadeaux. Cherchons homme capable de le remplacer. Salaire fixe + prime par cadeau livré à temps + prime de risque en cas d’encombrement excessif de l’espace aérien. Joindre CV + lettre de motivation. Homme de sexe masculin exigé. Phobique des cervidés s’abstenir. »
Dès le lendemain, les médias du monde entier affluèrent au Pôle Nord malgré les tempêtes de neige à tel point que le service d’ordre des lutins en fut débordé pendant quelques heures. Mère Noël donna une unique conférence de presse et renvoya caméras, micros et crayons dans leurs rédactions respectives : « Si vous nous empêchez de travailler, il n’y aura pas de cadeaux à Noël ! ».
Il fallait faire vite. Père Noël s’était enfermé dans sa chambre et Mère Noël entendait parfois de drôles de bruits s’échapper de derrière la porte : son mari était devenu un accro des jeux vidéos ! Pendant ce temps, les lutins triaient les candidatures, évacuaient les gens trop jeunes, les femmes, les schizophréniques et firent passer des tests aux aspirants retenus : acuité visuelle, bonnes manières, conduite de traîneau, équilibre sur cheminée, vertige, résistance à la fatigue, aérodynamisme, parties de jeu de Go avec des rennes tricheurs et mauvais joueurs, courses dans la neige, compréhension de la psychologie enfantine, jonglage, lancer de poids… Tous craquaient au bout de 2 ou 3 tests et repartaient chez eux avec en dédommagement une photo dédicacée du Père Noël et des 9 rennes.
La nouvelle de la défection du Père Noël s’était propagée à toute la planète. Les lettres de menace affluaient et les psychologues ne comptaient plus le nombre d’enfants en larmes réclamant la venue du Père Noël, le vrai. Y aura-il un Père Noël à Noël ? La question hantait les esprits. Sur les chaînes, des reportages furent consacrés à la retraite anticipée du Père Noël. Un philosophe écrivit même : « Disparition du Père Noël : la fin de l’Innocence ». Des croyants s’insurgèrent : « Noël n’est pas qu’une fête commerciale où les gens se rassemblent par hypocrisie et par intérêt. Nous n’avons pas besoin du Père Noël et de ses cadeaux empoisonnés pour célébrer Noël et la naissance du fils de Dieu ! ».
Les Pères Noël amateurs grouillaient dans les rues. Certains clamaient leur appartenance à l’Armée du Père Noël, d’autres volaient les riches et distribuaient leurs larcins aux pauvres. Des bagarres se déclanchèrent entre prétendants au poste de Père Noël : les luttes de territoire et de pouvoir se multipliaient. Une bande d’enfants fit même brûler l’effigie d’un Père Noël en plein milieu de l’avenue des Champs Elysées, à Paris, France.
Mère Noël était effondrée. Non seulement elle n’avait trouvé aucun remplaçant pour son mari, mais la cote du Père Noël était maintenant descendue au plus bas dans les sondages. Les enfants refusaient aujourd’hui de croire au Père Noël. Elle supplia Père Noël de l’écouter mais le vieil homme secoua la tête :
« C’est sans doute mieux ainsi, les gens n’ont plus besoin de moi. Les enfants ont aujourd’hui trop de jouets, ils n’éprouvent plus aucun plaisir à en recevoir et il y en a tant qui n’en commandent même pas car leurs parents sont trop pauvres. J’en ai marre de desservir toujours les mêmes cheminées. Je ne veux plus être le symbole de la société de surconsommation. Où est passé l’esprit de Noël ! Je veux que les gens se redécouvrent, retrouvent leur foi, que ça soit en Dieu, en l’homme ou en eux-mêmes. Il n’y aura pas de Père Noël à Noël cette année ».

L’usine de cadeaux ferma tôt cette année et les rennes vécurent leur premier Noël au Pôle Nord en compagnie des lutins, de la Mère et du Père Noël. Les clochettes du traîneau ne retentirent pas dans le ciel en cette nuit noire de Noël. Le soleil se coucha et se releva sans que le moindre cadeau ne soit distribué. Les magasins ne vendirent rien durant cette trêve de Noël. Mais partout dans le monde, les gens se rassemblèrent en famille ou entre amis pour fêter Noël. Les églises étaient pleines à craquer, les voisins s’invitaient les uns les autres, offrant un bon repas et un verre de l’amitié. Au Pôle Nord, Mère Noël embrassa Père Noël. Le vieil homme au célèbre costume rouge se sentit brusquement apaisé.
Le surlendemain de Noël, les cadeaux étaient à leur place dans les souliers, au pied des sapins et des cheminées, sur la table du petit déjeuner, devant les portes, sous les cases à palabres, dans les berceaux des nouveau-nés... Les gens se frottèrent les yeux, les enfants crièrent de joie. Mais le fait le plus surprenant, le plus incroyable, le plus extraordinaire était que chaque personne dans le monde avait reçu un cadeau, un unique cadeau, le cadeau dont elle rêvait au fond de son cœur. Du Pôle Nord au Pôle Sud, ce surlendemain de Noël fut vécu comme un jour magique.

Un livre rapporta cette fabuleuse histoire de Noël qui peu à peu se transforma en conte, puis après quelques dizaines d’années en un rêve singulier et lointain. Car Père Noël n’est pas un faiseur de miracles et l’homme ne changera sans doute jamais. N’empêche que… Père Noël pourrait bien être tenté de redonner un jour une leçon aux hommes. Un jour peut-être, il n’y aura plus de Père Noël à Noël mais un peu plus de joie.

Fin !

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