Prière

Publié le par Lux

Un texte, comme il en surgit parfois, vite écrit.

La petite fille priait tout bas les yeux levés vers le ciel, chuchotant des mots inaudibles appris au temple, entendus plus que retenus, des phrases qu’elle pensait être celles d’une prière, des bouts de prêches, les conseils d’un pasteur éclairé à ses fidèles. Elle répétait ces mots en litanie, les chantait presque parce qu’elle trouvait ça joli, tout en tortillant le bas de sa robe blanche. La dentelle ajourée dessinait des arabesques sombres sur ses jambes lorsque le vent taquinait le tissu léger.
Les yeux rivés au ciel malgré une luminosité crue à peine adoucie par les nuages, baudruches errant sur un océan bleu, l’enfant parlait à Dieu l’invisible. Elle lui avait inventé un visage ou plutôt un sourire. Dieu ne pouvait être triste, juste mélancolique parfois. La tristesse ne servait à rien, les larmes non plus, n’attirant que la colère alors que les gens tristes réclament toujours de la compassion. La petite fille ne parlait qu’à Dieu, n’ayant pas besoin de tout dire, de tout avouer car Dieu ne savait-il pas déjà tout ? Dieu n’était-il pas dans chaque chose, dans chaque cœur ? Ce qu’elle voyait, Dieu le voyait, ce qu’elle entendait et disait aussi. Elle n’avait pas besoin de tout lui répéter, ce qu’elle préférait finalement car pourquoi redire encore et encore le secret qui pesait sur son cœur ?
Elle racontait à Dieu le monde tel qu’elle le rêvait, avec beaucoup d’animaux colorés, des lions, des tigres et des girafes, des perroquets, des singes et des paons, des chiens, des pandas et des éléphants, des animaux qui parleraient et s’amuseraient avec elle, l’entraînant dans des courses sans fin entre des herbes aussi hautes qu’elle, des herbes où se cacher, muettes, parfumées.
La fillette joignit ses mains en imitant les adultes. La prière réclamait des rites et l’enfant ne voulait froisser personne, surtout pas Dieu. Elle parlait de son père mais vite, quelques mots à peine esquissés, son papa adoré qui lui faisait faire des choses, oh, des choses qu’il fallait taire, des gestes muets dont il ne fallait pas avoir peur, répétait-il, dont il ne fallait pas avoir honte, des gestes d’amour. Papa écorchait toujours ce mot en le disant, amour sortait de sa bouche en un souffle tremblant, amour mon amour, tout en caressant ses cheveux et tirant sur sa belle robe blanche. Le monde alors n’existait plus, effacé pendant quelques minutes, gommés les rires, gommées les odeurs, gommés les bruits autres que la prière chuchotée à Dieu.
« Dieu, fais que papa arrête ». Qui d’autre que Dieu pouvait entendre cette prière sans hurler, qui d’autre que Dieu, sans crier, sans taper, sans se moquer ? La robe blanche étincelait sous le soleil, une bien jolie robe sur une bien jolie fillette.
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article